Vous dirigez une startup ou une PME et vous vous demandez comment former vos équipes sans y passer des semaines ni exploser votre budget ? Le plan de développement des compétences semble réservé aux grandes structures. Pourtant, c'est précisément maintenant que vous en avez le plus besoin.
Vos collaborateurs sont sollicités de toutes parts, les compétences deviennent obsolètes en quelques années, la guerre des talents fait rage... Investir dans la montée en compétences est devenu un levier de fidélisation, de performance et de compétitivité. Mais par où commencer quand on n'a ni RH dédié, ni expérience en ingénierie de formation ?
Ce guide vous explique comment construire un plan adapté à votre réalité de dirigeant pressé, à jour des obligations 2026, et surtout comment en faire un véritable outil stratégique.
Qu'est-ce qu'un plan de développement des compétences (et pourquoi vous en avez vraiment besoin)
La définition et vos obligations légales en 2026
Depuis la loi "Avenir professionnel" de 2018, le plan de développement des compétences remplace l'ancien plan de formation. Il recense toutes les actions de formation que vous mettez en place pour vos salariés, avec une approche plus stratégique centrée sur l'évolution professionnelle.
Légalement, vous avez deux obligations : assurer l'adaptation de vos salariés à leur poste, et veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Cette obligation n'est pas anodine : en cas de litige, le non-respect peut jouer en votre défaveur.
Bonne nouvelle : pour les entreprises de moins de 50 salariés, le plan n'est pas obligatoire comme document formalisé. Mais vos obligations de formation le restent. Autant structurer vos actions pour en garder trace et optimiser les financements.
Les changements clés de 2026 :
L'entretien de parcours professionnel (EPP) remplace l'entretien professionnel à partir du 1er octobre 2026. Nouveau rythme : un premier entretien dans l'année suivant l'embauche, puis tous les 4 ans (contre 2 ans avant), avec un état des lieux tous les 8 ans. Ces discussions doivent désormais intégrer santé au travail, mobilité, reconversion et utilisation du CPF.
La réforme du financement de l'apprentissage (rentrée 2026) priorisera les financements selon les besoins du marché. Soyez stratégique dans vos choix pour bénéficier des prises en charge optimales par votre OPCO.
La directive sur la transparence salariale (7 juin 2026) exige plus de clarté sur vos politiques de rémunération, incluant les questions d'évolution et de compétences.
Les vrais enjeux pour votre startup ou PME
Au-delà de la conformité, pourquoi investir dans un plan de développement des compétences ?
Fidéliser vos talents. Dans une structure de moins de 50 personnes, le départ d'un collaborateur clé déstabilise toute l'organisation. Le manque de perspectives d'évolution est l'une des premières causes de démission. Former, c'est montrer qu'on investit sur la personne.
S'adapter aux mutations. IA, transformation digitale, nouvelles réglementations... Vos équipes doivent suivre le rythme. Former en interne coûte moins cher que recruter des expertises externes.
Booster la performance. Une équipe bien formée est plus autonome, efficace, fait moins d'erreurs et innove davantage. Dans une PME, l'impact est direct et mesurable.
Renforcer votre marque employeur. Quand un candidat hésite entre votre startup et une autre, votre politique de formation peut faire la différence.
Les 5 étapes pour construire votre plan
Étape 1 : État des lieux de vos compétences (semaines 1-2)
Commencez par un diagnostic lucide. Pas besoin de process complexes. Trois approches simples et efficaces :
Les entretiens professionnels sont votre mine d'or. Ces rendez-vous obligatoires révèlent les besoins réels. Posez les bonnes questions : "Quelles difficultés rencontres-tu dans ton poste ?" "Sur quelles compétences aimerais-tu progresser ?" "Quelles missions souhaiterais-tu prendre ?" Préparez une trame structurée, prenez des notes précises. Pour optimiser ces entretiens, consultez notre guide.
L'analyse de vos défis business : listez vos 3 à 5 priorités stratégiques. Nouveau produit ? Digitalisation ? Ouverture internationale ? Certification ? Chaque projet génère des besoins en compétences. Exemple : un nouveau CRM implique de former vos commerciaux à l'outil.
L'écoute de vos managers : organisez un point d'une heure avec chaque responsable. Questions clés : "Quelles compétences manquent dans ton équipe ?" "Qui pourrait évoluer avec quelle formation ?" "Quels blocages liés à un manque de compétences ?"
Étape 2 : Prioriser selon votre stratégie (semaine 3)
Trois niveaux de priorité :
Formations obligatoires : sécurité, habilitations, conformité réglementaire. Non négociables. Exemples : CACES, habilitation électrique, hygiène alimentaire, formation incendie, SST...
Formations stratégiques : liées à vos enjeux business. ROI direct et mesurable. Exemples : formation à votre nouveau CRM avant déploiement, formation des développeurs à votre nouvelle stack technique, formation management pour accompagner votre croissance...
Formations de développement individuel : demandes des salariés pour leur évolution personnelle. Ne financent pas un besoin business immédiat mais renforcent motivation et fidélisation. Prévoyez un budget pour vos pépites.
Créez un tableau avec : objectif, public concerné, caractère obligatoire, lien stratégie, coût estimé, priorité (haute/moyenne/basse).
Étape 3 : Identifier les financements (semaine 4)
Construire un plan c'est bien, le financer sans plomber votre trésorerie c'est mieux.
Votre OPCO finance 50% à 100% de vos formations si vous avez moins de 50 salariés. Les 11 OPCO (AKTO, OPCO2i, OPCO Santé, Uniformation, Constructys...) couvrent tous les secteurs. Identifiez le vôtre (sur vos déclarations sociales), créez votre espace en ligne, consultez leur catalogue.
Démarche concrète : déposez vos demandes 3-4 semaines avant chaque formation, choisissez des organismes certifiés Qualiopi (obligatoire), fournissez tous les justificatifs (attestations, émargements, factures). Certains OPCO proposent des "actions collectives" entièrement financées sur des thématiques prioritaires de branche.
Le CPF co-financé : depuis septembre 2020, vous pouvez abonder le CPF de vos salariés. Votre collaborateur mobilise son CPF, vous complétez. Cette logique de co-investissement démultiplie votre budget.
Les aides spécifiques : POEI de France Travail (former un futur collaborateur avant embauche), FSE+ (cofinancement 50% en 2026 dans certains secteurs), actions collectives territoriales via votre CCI ou syndicat professionnel.
Point crucial : pour les entreprises de 50 salariés et plus, vous ne bénéficiez plus des prises en charge OPCO pour votre plan. Vous financez sur fonds propres. D'où l'importance d'un plan vraiment stratégique.
Étape 4 : Formaliser votre plan (semaine 5)
Pas de format imposé. Pour une PME, un tableau Excel bien construit suffit. L'important : lisible, partageable, actionnable.
Contenu minimum :
- Liste des formations prévues pour l'année
- Pour chaque formation : intitulé, objectif pédagogique, public concerné (nombre de personnes), type (obligatoire/stratégique/développement), modalité (présentiel/distanciel/mixte), durée, période prévue
- Budget détaillé : coût pédagogique, frais annexes, financement OPCO prévu, reste à charge
- Planning prévisionnel avec dates
Distinguez clairement formations obligatoires et facultatives. Si vous avez un CSE (à partir de 11 salariés), consultez-le sur votre plan. Ce n'est pas une formalité : prévoyez du temps pour l'échange. Dans les TPE sans CSE, communiquez quand même à vos équipes. Transparence et pédagogie favorisent l'adhésion.
Étape 5 : Piloter et ajuster (toute l'année)
Un plan n'est pas un document qu'on range après l'avoir construit. C'est un outil vivant qui nécessite un suivi.
Tableau de bord simple :
- Taux de réalisation (formations prévues vs réalisées)
- Nombre de salariés formés
- Budget consommé vs prévu
- Taux de prise en charge OPCO obtenu
- Satisfaction participants (questionnaire post-formation)
Points d'étape trimestriels : où en êtes-vous ? Quelles formations réalisées ? Lesquelles à venir ? Blocages ? Nouveaux besoins apparus ?
L'agilité est clé. Votre contexte évolue, vos priorités changent. Un gros client signe ? Formez rapidement votre équipe. Un projet s'annule ? Reportez la formation associée. Le plan est une boussole, pas un carcan.
Gardez trace de tout : convocations, attestations, émargements, factures, dossiers de financement. Traçabilité indispensable en cas de contrôle et pour construire le plan de l'année suivante.
Les 5 erreurs qui plombent votre plan de formation
Former pour former, la logique catalogue : partir en quête de catalogues sans réfléchir aux besoins réels. Résultat : des stages génériques, peu adaptés, qui coûtent cher et apportent peu. La formation n'est pas une fin en soi. Chaque action doit répondre à un besoin identifié et viser un objectif mesurable. Sinon, vous gaspillez budget et temps.
Attendre l'urgence pour agir : la logique du pompier est épuisante et coûteuse. Un collaborateur part, formation express de son remplaçant. Nouvelle réglementation, mise en conformité dans le stress. Client exige une certification, tout le monde la passe en catastrophe. Ces formations prises dans la précipitation sont rarement bien adaptées, vous payez plein tarif, n'optimisez pas les financements OPCO, et vos salariés partent sans préparation. Le plan sert à anticiper, planifier, optimiser. Un peu de prospective évite beaucoup de stress.
Négliger les soft skills : ne former que sur le technique en oubliant management, communication, gestion du stress, organisation, prise de parole, gestion de projet... Dans une PME, les compétences comportementales sont aussi importantes que le métier. Un manager qui ne délègue pas, c'est un goulot d'étranglement. Un commercial qui maîtrise son produit mais n'écoute pas, c'est du chiffre perdu. Un collaborateur brillant mais incapable de travailler en équipe, c'est une source de conflits. La Mine RH propose des formations sur-mesure sur ces thématiques, adaptées aux TPE et PME.
Négliger les entretiens professionnels : les considérer comme une corvée administrative sans lien avec le plan. C'est pourtant le moment privilégié où vos collaborateurs expriment leurs envies d'évolution, besoins de formation, projets professionnels. Si ces entretiens sont bâclés, vous construisez votre plan à l'aveugle. Avec la réforme 2026 qui espace les entretiens à 4 ans, chaque rendez-vous pèse encore plus lourd. Préparez-les sérieusement, formez vos managers à les conduire.
Oublier l'après-formation : penser que le travail s'arrête après le stage. Votre collaborateur revient, a appris plein de choses, et puis... rien. Sans suivi ni mise en pratique, 80% s'évapore en quelques semaines. Pour une formation efficace, créez les conditions de transfert : entretien pré-formation (pourquoi ? qu'en attends-tu ?), débriefing post-formation (qu'as-tu appris ? comment l'appliquer ?), accompagnement dans la mise en œuvre (missions mobilisant les nouvelles compétences, partage avec l'équipe).
Faire de votre plan un levier stratégique
Articuler formation et parcours individuels
Votre plan prend toute sa puissance quand il s'articule avec les trajectoires professionnelles. Chaque formation doit s'inscrire dans une logique d'évolution, de projet, de progression.
Lors des entretiens de parcours professionnel (obligatoires en 2026), questionnez les aspirations à 2-3 ans. Où se voient-ils ? Quelles responsabilités aimeraient-ils prendre ? Quelles compétences leur manquent ? Formalisez et construisez des parcours de formation individualisés.
Exemple concret : votre assistante commerciale veut devenir manager d'ici deux ans. Son parcours pourrait inclure : formation management niveau 1 cette année (fondamentaux du management, délégation, feedback), formation gestion de projet l'année prochaine, tutorat par un manager expérimenté pour prendre progressivement des responsabilités d'encadrement. Cette approche transforme le plan en outil de gestion des carrières. Vous ne formez plus "parce qu'il faut" mais parce que ça sert un projet partagé.
Anticiper vos évolutions stratégiques
Soyez prospectif. Ne répondez pas qu'aux besoins d'aujourd'hui, anticipez ceux de demain.
Identifiez vos 3 à 5 priorités stratégiques pour les 18 prochains mois : ouverture d'un site ? Lancement d'un produit ? Digitalisation des process ? Certification qualité ? Chaque projet génère des besoins en compétences à anticiper.
Par exemple : vous prévoyez d'implémenter un ERP dans 6 mois. Commencez à former vos équipes administratives et financières dès maintenant aux concepts et à l'outil. Quand le projet démarre, elles seront prêtes. Vous ne courez pas après la compétence, vous l'avez développée en amont. Cette gymnastique prospective transforme la formation en levier d'agilité.
Mesurer l'impact et communiquer les résultats
Un plan efficace doit être évalué. Pas uniquement sur du quantitatif (nombre de formations, budget), mais sur l'impact réel.
Indicateurs simples :
- Satisfaction participants (questionnaire à chaud post-formation)
- Transfert en situation (entretien à 3 mois : que mets-tu en pratique ?)
- Impact sur la performance (réduction erreurs, amélioration productivité, augmentation CA selon le sujet)
- Taux de promotion interne (combien de formés ont évolué dans l'année ?)
Ces données ajustent votre stratégie d'une année sur l'autre, identifient les organismes et modalités les plus efficaces, et valorisent votre investissement.
Communiquez régulièrement avec vos équipes : combien de personnes formées ? Sur quels sujets ? Quels projets réalisés grâce aux formations ? Quelles évolutions professionnelles favorisées ? Cette communication renforce le sentiment que l'entreprise investit vraiment, motive ceux pas encore formés, attire les candidats lors de vos recrutements.
Vous faire accompagner par un expert RH
Construire un plan structuré, gérer l'OPCO, suivre les financements, coordonner les actions, animer les entretiens de parcours professionnels... tout cela représente une charge importante sans RH en interne.
Signaux qu'un accompagnement serait pertinent : vous n'avez jamais monté de dossier OPCO, votre plan n'a pas été mis à jour depuis deux ans, vous acceptez ou refusez les formations au cas par cas sans stratégie, vous n'avez pas le temps pour les entretiens professionnels.
L'externalisation RH comme celle de La Mine RH vous apporte : expertise réglementaire à jour, connaissance fine des OPCO et financements, gain de temps considérable (un expert monte un dossier en 30 min contre plusieurs heures pour vous), vision stratégique externe, animation des entretiens de parcours professionnels. Un consultant dédié connaît votre contexte et gère tout de la construction du plan au suivi des actions.
Conclusion : transformer la contrainte en opportunité
Construire un plan de développement des compétences n'est pas qu'une obligation : c'est un levier de croissance, de performance et de fidélisation.
Les 5 étapes détaillées – état des lieux, priorisation, financements, formalisation, pilotage – vous donnent un cadre simple adapté à votre réalité de startup ou PME. Avec du bon sens, de la méthode et une bonne utilisation de votre OPCO, vous pouvez y arriver.
Les évolutions 2026 – entretien de parcours professionnel au 1er octobre, réforme du financement de l'apprentissage, transparence salariale – renforcent l'importance d'avoir une vraie stratégie formation. Elles vous invitent à passer d'une logique réactive à une logique proactive.
Que vous construisiez votre plan en autonomie ou que vous vous fassiez accompagner, lancez-vous. Un plan avec 5 formations bien choisies vaut mieux qu'un catalogue de 20 actions jamais réalisées.
Chaque euro investi dans la formation est un pari sur l'avenir. Pour découvrir d'autres leviers de structuration RH, consultez nos articles sur la gestion des ressources humaines.